Révolution néolithique (10 000 à 3200 AEC)

Ce que c’est

La période appelée le néolithique est associée à d’importantes transformations sociales qui nous affectent encore maintenant, au point qu’on parle souvent de révolution néolithique (l’autre grande révolution sociale est la révolution industrielle au 19e siècle). Les principales caractéristiques de la transition au néolithique sont:

  • Une sédentarisation graduelle de la majorité des groupes d’humains (c.-à-d., les premiers villages et villes);
  • Le développement de l’agriculture (blé et orge en Europe, maïs et riz ailleurs);
  • La domestication d’animaux pour fins de subsistance (chèvre, mouton, porc, boeuf) et autres (chat, cheval);
  • Une importante hausse de la natalité, puis de la population.

Les chercheurs ne semblent pas s’entendre à savoir si la sédentarisation a amené une hausse de la natalité, ou si la hausse de la natalité a forcé les groupes à se sédentariser et à produire leur nourriture. Des débats sont en cours. Par contre, peu importe la direction causale, ces changements seraient arrivés, de façon générale, au début de la période néolithique.

Moeurs sexuelles avant la révolution néolithique

Rôles de genre et pouvoir économique

Essentiel

D’un point de vue économique, les rapports de pouvoir entre hommes et femmes semblent avoir été relativement équilibrés durant la période paléolithique. Les rôles sexuels auraient été relativement flexibles/égalitaires car la distribution des rapports économiques entre les genres et entre les chasseurs vs cueilleurs étaient (probablement) relativement équilibrés.

Explication

L’acquisition de nourriture était une activité centrale pour le groupe. Les recherches suggèrent que la chasse et la cueillette étaient des activités en partie genrées. La chasse était principalement (mais probablement pas exclusivement) faite par des hommes, et la cueillette par des femmes. Des études estiment que l’apport nutritif (en énergie et protéines) de l’activité de cueillette était environ deux fois plus grand que celui de la chasse. La cueillette aurait donc été la source principale de nourriture, et la chasse aurait généralement amené un supplément occasionnel. Par conséquent, en termes de survie, la chasse était moins essentielle que la cueillette. Cette observation a amené l’idée que, d’un point de vue économique, les rapports de pouvoir entre hommes et femmes étaient relativement équilibrés.

De façon générale, l’inégalité (et/ou la spécialisation) associée au genre, semble avoir été moindre durant cette période. Cela pousse d’ailleurs actuellement certains groupes à promouvoir un mode de vie évoquant l’époque paléolithique (ex: diète paélo, régime selon les groupes sanguins) et décrivant cette époque comme étant en partie idyllique.

Parentalité

Dans les sociétés nomades, les femmes portent les enfants jusqu’à environ 3-4 ans. Comme la mère est continuellement accessible pour l’enfant durant cette période, la période d’allaitement est aussi généralement longue (Bocquet-Appel et Naji, 2006). L’allaitement retarde le retour des menstruations et de la fertilité (jusqu’à 1-2 ans avec un allaitement intensif). La présence d’un enfant auprès de sa mère en tout temps ou presque peut aussi réduire les occasions de relations sexuelles. On peut donc parler d’un contrôle des naissances par la relation mère-enfant.

Conséquences et transformations suite à la révolution néolithique

Le fait de développer la capacité de produire sa nourriture semble, au premier abord, être une transformation globalement positive. Par contre, ces changements ont aussi entrainé de profonds changements socioculturels, dont certains ont été détrimentaires.

  • Développement de la notion de propriété (territoriale et matérielle) et d’héritage suite à l’agriculture et la sédentarisation. L’agriculture demande de prendre contrôle d’un territoire et la sédentarisation permet d’accumuler plus de biens que ce que l’on peut transporter nous-mêmes. L’acquisition de terres devint un indicateur de pouvoir économique et son transfert par héritage amena une stratification sociale (riches vs pauvres, classes sociales) et une exacerbation des inégalités sociales.
  • Accumulation des biens et outils rendue possible avec la sédentarisation. Tout comme pour la propriété territoriale, cela devint un accélérateur des inégalités sociales.
  • Augmentation des guerres et conflits territoriaux, émergence des notions de frontières et militarisation. L’augmentation de la population demande une augmentation de la production alimentaire et, par conséquent, du territoire nécessaire à cette production. Ces besoins de défendre et conquérir des territoires vont amener une augmentation des conflits territoriaux et l’émergence du rôle de soldat/militaire. Aussi, ces expansions territoriales des sédentaires aurait amené le recul puis le déclin de la plupart des sociétés encore nomades.
  • Spécialisation, division du travail et classes sociales. À partir du moment que l’agriculture a commencé à amener des surplus et que la sédentarité permis leur entreposage, une partie des membres du groupe ont pu être libérés de ces tâches associées à la survie du groupe. Cela aurait favorisé l’émergence d’une classe dominante (libérée du travail) qui contrôle une grande partie des richesses (territoriales et matérielles) et d’une classe militaire au service des besoins de défense des biens et territoires et d’expansion territoriale. Cela favorisa aussi l’émergence de différentes classes et professions (artisans [ex: potiers], autorités religieuses,…) qui pouvaient se consacrer à développer leur art. Pour la première fois dans l’humanité, une partie des membres de la société pouvait consacrer sa vie à autre chose que la survie.
  • Complexification des sociétés. L’augmentation des tailles des regroupements (villes et villages) et l’émergence des classes sociales, de la division du travail et de la propriété territoriale rendent l’organisation et la gestion de ces sociétés de plus en plus complexes.

Implications sexologiques

La révolution néolithique a eu des impacts assez négatifs sur la santé sexuelle et générale:

  • Augmentation des problèmes de malnutrition, de carences alimentaires et de santé générale, réduction de la taille adulte moyenne (d’environ 10 cm) et espérance de vie probablement plus courte. La principale raison est le passage d’une alimentation diversifiée (provenant de la chasse et la cueillette) à une alimentation principalement à base de céréales (provenant de l’agriculture). L’agriculture procure une plus grande quantité de nourriture que la chasse et la cueillette, mais cette nourriture est peu variée et peut amener des carences alimentaires. On a donc troqué la qualité pour la quantité. Aussi, le travail de la ferme est physiquement plus difficile, et l’agriculture est plus vulnérable aux aléas de la météo que la cueillette et la chasse (ex: destruction des récoltes suite au gel).
  • Accélération et facilitation de la propagation des maladies contagieuses (incluant les ITSS) à cause de l’augmentation de la densité de population (villes et villages), de la présence d’animaux domestiques (zoonoses) et des enjeux sanitaires associés à ces éléments. En réponse à cette proximité à des pathogènes infectieux, les membres des sociétés agraires auraient commencé à développer une plus grande résistance immunitaire à ces infections. C’est pour cette raison que le contact entre les Européens et les premières nations Américaines (env. 10 à 12 000 ans plus tard) a entrainé des épidémies mortelles chez les premières nations.
  • Augmentation des naissances et de la fertilité. La vie sédentaire réduit le temps pendant lequel la mère porte l’enfant, et réduit par conséquent la longueur de la période d’allaitement et de la période d’aménorrhée (Bocquet-Appel et Naji, 2006). Aussi, la disponibilité de nourriture facilement assimilable suite au développement de la production alimentaire (le lait des animaux domestiqués et les céréales) permet de remplacer plus rapidement le lait maternel.

La révolution néolithique a aussi eu des impacts assez négatifs sur les pratiques sociosexuelles:

  • Développement d’inégalités sociales associées au genre. L’agriculture est beaucoup plus demandante en termes de force et d’endurance physique que la cueillette ou la chasse. Avec l’agriculture et la sédentarisation, les hommes passent la majeure partie de leur temps à la production de ressources alimentaire, tandis que les femmes vont plus travailler à la maison à transformer la nourriture, faire des vêtements et s’occuper des enfants. Comme le rôle des femmes est devenu moins central à la survie du groupe que lors du paléolithique, il semble avoir été dévalué socialement par rapport au paléolithique. Certains voient cette période comme l’origine principale des inégalités socioéconomiques de genre (ex: Hansen et al., 2012; Hansen et al., 2015). Une étude a d’ailleurs démontré que les sociétés qui ont une plus longue histoire d’agriculture ont tendance à avoir des rôles de genre plus inégaux (Hansen et al., 2012).
  • Émergence des bases du mariage et de la famille dite traditionnelle. Plusieurs éléments traditionnels du mariage semblent prendre leur origine dans cette période. Un homme et une femme s’unissent pour former une unité de travail et de vie interdépendante (travail de production alimentaire au champs et travail de transformation à la maison). Cette unité permet la reproduction et l’élevage des enfants. L’homme doit au départ avoir accès à une terre (généralement agricole) pour demander la main à une femme. C’est généralement la femme qui déménage pour aller vivre chez l’homme (c.-à-d., à la terre qui lui appartient) (Bocquet-Appel et Naji, 2006). Comme les enfants peuvent aider aux travaux agraires, leur présence devient primordiale au succès de la famille (ce qui était moins le cas pour les nomades). Finalement, la transmission patrilinéaire de l’héritage permet au système de se reproduire en donnant aux descendants mâles un accès à la propriété et aux terres de l’homme.